jeudi 28 juin 2012

Actionnaires : Société Générale responsable mais pas coupable ?


La Société Générale conteste les demandes des autres parties civiles, mais les avocats des actionnaires et des salariés estiment qu'elle est aussi coupable et doit indemniser leurs clients.

La dixième audience du procès en appel de Jérôme Kerviel, le 25 juin dernier, était consacrée à la plaidoirie des parties civiles : la Société Générale et ses trois avocats (Jean Reinhart, Jean Veil et François Martineau); des actionnaires salariés défendus par maîtres Daniel Richard et Richard Valeanu ; et d'autres actionnaires, petits porteurs ou institutionnels, représentés par maître Frédérik-Karel Canoy.

Dans son jugement du 5 octobre 2010, le tribunal correctionnel avait déjà jugé que "la gravité de la situation et des menaces (...) justifient de la réalité d'un préjudice moral personnel direct
ouvrant droit à réparation", dont la Société Générale devait indemniser deux salariés-actionnaires plaignants. Leur avocat Daniel Richard demande que ce dommage soit réévalué de 2 500 à 10 000 euros et que le préjudice matériel, c'est-à-dire la perte sur l'épargne des actionnaires-salariés, soit aussi indemnisé : «Premièrement, la Société Générale doit répondre de ses fautes dans le défaut de surveillance qui a été sanctionné par la Commission bancaire, explique Daniel Richard. Deuxièmement, elle est responsable des agissements de ses préposés. Nous espérons que la cour d'appel reconnaîtra la part de responsabilité pénale de la banque et confortera le procès civil que nous avons intenté contre la Société Générale au nom des actionnaires salariés.» A la suite de l'assignation déposée, fin 2010, au tribunal de Nanterre avec le soutien de l'Association des actionnaires salariés et anciens salariés de la Société Générale (*), l'audience de ce procès vient d'être fixée au 14 janvier 2013.

Même si les audiences de ce procès d'appel n'ont pas apporté de révélations spectaculaires, expliquant peut-être la place laissée aux bons mots et autres diversions, certains détails laissent croire que le premier jugement pourrait être révisé : «Pour la première fois, Daniel Bouton a fait un aveu de sa responsabilité et la greffière l'a bien noté !», rappelle Frédérik-Karel Canoy. Au-delà des excuses symboliques de l'ancien PDG aux actionnaires, l'avocat aimerait convaincre la cour de la responsabilité pénale de la banque.

Ses arguments s'inspirent du droit et de la jurisprudence. L'avocat cite l'article 1384 alinéa 5 du Code civil, selon lequel «les commettants sont responsables du dommage causé par leurs préposés», invoque les articles 2 et suivants du Code de procédure pénale reconnaissant la légitimité de l'action civile des actionnaires, rejetée en première instance, alors qu'ils ont bien été victimes «du dommage directement causé par l'infraction», c'est-à-dire la chute de l'action. Il rappelle des décisions ayant fait jurisprudence, notamment le jugement du 19 septembre 2006 et l'arrêt du 17 octobre 2008 de la Cour d'appel de Paris dans l'affaire Sidel, selon lesquels «le préjudice direct et personnel subi par les actionnaires, en achetant ou en conservant une action aux perspectives prometteuses surévaluées, est distinct de celui subi par la société elle-même».

Frédérik-Karel Canoy aussi prépare des procès civils, en particulier pour le compte d'actionnaires institutionnels américains clients du cabinet d'avocats américain Robbins réputé pour ses class actions aux Etats-Unis, notamment Enron, qu'il représente en France. Sur le plan moral, l'avocat souligne aussi que la justice pénale ne doit pas faire deux poids deux mesures : «Pourquoi Jérôme Kerviel serait-il condamné à trois ans de prison ferme, alors que Jean-Marie Messier, coupable d'abus de bien social et de diffusion de fausses informations trompeuses aussi catastrophiques pour ses actionnaires, n'a été condamné qu'à trois ans avec sursis?»

Jeudi 28 juin, la dernière audience est consacrée à la plaidoirie de la défense.
source: G. Pz.

mercredi 27 juin 2012

Lourde condamnation américaine pour Vivendi



Me Hervé Pisani, Jean-Réné Fourtou et Jean-François Dubos lors de la première class action (AFP)

Jamal Henni

Un jury populaire a condamné le groupe français a payer la somme record de 765 millions d'euros à Liberty Media, le groupe du magnat américain du câble John Malone. Celui-ci accusait Vivendi de l'avoir "arnaqué" en le payant en actions lors d'un rachat il y a dix ans.

Finalement, le remake aura été pire que le premier épisode. Lundi, un jury d'un tribunal new yorkais a condamné Vivendi à payer 765 millions d'euros à Liberty Media. Le groupe du magnat américain du câble John Malone avait porté plainte en 2003 pour "fraude, déclaration trompeuse et dissimulation", accusant le groupe français de l'avoir "arnaqué".
Précisément, John Malone avait hérité d'un gros paquet d'actions Vivendi il y a dix ans, en échange de sa participation dans USA Networks, alors racheté par Jean-Marie Messier. Il détenait 37,4 millions d'actions, soit 3,5% du capital du français. Mais il a fait une très mauvaise affaire : en décembre 2001, lorsque le rachat d'USA Networks est annoncé, ces actions Vivendi valent 2,1 milliards d'euros. Lorsque l'accord est finalisé en mai 2002, elles ne valent plus que 1,3 milliard. Et seulement 666 millions d'euros quand Liberty Media les revend à l'automne 2003.

Jury populaire

Dans sa plainte, Liberty Media accusait Vivendi de l'avoir convaincu d'être payé en actions plutôt qu'en cash, notamment car cela était fiscalement plus avantageux pour Liberty Media. Selon la plainte, Vivendi affichait "de bons résultats d'exploitation et de solides prévisions", en masquant "la gravité de ses problèmes de liquidité", et en "gonflant artificiellement" son cours de bourse à coup de rachats et de déclarations trompeuses. 

Finalement, le procès s'est ouvert il y a un mois devant un jury populaire du tribunal du district sud de New York et a duré 4 semaines, suivi de deux jours de délibérations.

"Vivendi doit payer"

Me Michael Calhoon, l'avocat de Liberty Media, a produit devant les jurés les notes internes alarmistes rédigées à l'époque par Guillaume Hannezo, directeur financier de J2M. "Ces notes internes parlent de ce qui se passait réellement à l'intérieur de la société, alors que la société disait au public et à Liberty Media des choses totalement différentes", a déclaré Me Calhoon. Certes, Liberty Media a accepté d'être payé en actions, prenant ainsi "le risque d'une chute du cours, mais pas le risque d'une fraude". Vivendi doit donc "payer pour cette fraude".
Réponse de Me Jim Quinn, avocat du groupe français: "Liberty Media n'a rien fait pour enquêter sur les problèmes de Vivendi, malgré tous les signaux d'alerte".
En pratique, les deux parties ont appelé à la barre une série d'experts, mais pas les anciens dirigeants de Vivendi. Les plaignants ont juste diffusé en vidéo un court extrait d'un interrogatoire de J2M où l'ancien PDG apparaît fuyant et peu sympathique. "Les jurés ont indiqué ensuite que cette vidéo les avait marqués", raconte un avocat. Finalement, les 12 jurés populaires ont chiffré le dommage à près de 20,5 euros par action, soit presque autant que ce que réclamait Liberty Media (22,5 euros par action).

Doubler la condamnation

Immédiatement après le verdict, Vivendi a promis de faire appel. Le groupe français "considère qu'il existe de nombreux motifs de faire appel, et reste convaincu qu'il n'a commis aucun manquement. Il continuera de se défendre avec force, les motifs pour interjeter appel étant nombreux". De son côté, le magnat de Denver a annoncé qu'il allait réclamer en outre des intérêts sur la somme obtenue. Cela pourrait quasiment doubler l'addition pour le groupe français, a affirmé un avocat de Liberty Media.

Première class action

A noter qu'il y a deux ans, dans une « class action » (procédure collective), un autre jury avait reconnu Vivendi coupable et chiffré le dommage jusqu'à 11 euros par action maximum. Vivendi a fait appel mais a entre-temps passé une provision de 100 millions d'euros suite à ce premier procès. En revanche, Vivendi n'a jamais indiqué avoir passé la moindre provision pour le procès avec Liberty Media. A noter que ces deux procédures, qui portent toutes deux sur la gestion de l'ère Messier et se déroulent devant le même tribunal, étaient même initialement jointes, avant d'être in fine séparées.
Le procès Liberty Media a été bien plus court que celui de la "class action", car il a considéré comme acquis toute une partie du premier verdict, qui n'a donc pas été rejugé une seconde fois. Cette partie concerne une série de 25 déclarations faites par Vivendi sous l'ère Messier, qui ont été jugées "trompeuses" il y a deux ans, et ont donc été à nouveau considérées comme "trompeuses". Ce choix a été effectué par le tribunal il y a 4 mois à la demande de Liberty Media et contre l'avis de Vivendi.
Toutefois, "si Vivendi gagne en appel sur le premier procès en class action, cela va automatiquement infirmer cette nouvelle décision", a déclaré à l'AFP Me Hervé Pisani, avocat du groupe français. Ce dernier ne croit pas que Vivendi devra payer en sus les intérêts a Liberty Media: "cela avait été exclu par le juge dans le premier procès", dit-il.



Source: La Tribune

Liberty Media: Vivendi va contester sa condamnation à 765 mlns d'euros de dommages-intérêts


PARIS (Dow Jones)--Le groupe de médias Vivendi (VIV.FR) a annoncé lundi soir qu'il allait contester le verdict rendu par la justice américaine dans un procès intenté par Liberty Media.

"Le groupe entend user de toutes les voies de recours existantes pour faire annuler la décision ou réduire le montant des dommages-intérêts", a déclaré Vivendi dans un communiqué, ajoutant: "Vivendi considère qu'il existe de nombreux motifs de faire appel et reste convaincu qu'il n'a commis aucun manquement".

Lundi, le tribunal fédéral du district sud de New York a condamné Vivendi à verser 765 millions d'euros de dommages et intérêts à Liberty Media, dans le cadre d'un litige opposant les deux groupes au sujet de la vente de la participation de Liberty Media dans USA Networks à Vivendi en échange d'actions du groupe français.

Dans sa plainte déposée en 2003, Liberty accusait les dirigeants de Vivendi de l'avoir trompé sur la situation financière de la société française avant l'accord sur USA Networks, conclu en décembre 2001.

Six mois après l'annonce de la transaction, Vivendi avait été affecté par une crise de liquidités qui a entraîné le départ du patron du groupe, Jean-Marie Messier. Vivendi, qui à l'époque était connu sous la dénomination sociale Vivendi Universal, avait par la suite vendu des actifs pour réduire sa dette.


-Marion Issard, Dow Jones Newswires; +33 (0)1 40 17 17 75; marion.issard@dowjones.com

Source: BFM Business

Vivendi: la justice américaine donne raison à Liberty Media


La justice américaine a donné raison lundi au groupe américain Liberty Media qui accusait le français Vivendi de "fraude, déclaration trompeuse et dissimulation" sur sa crise de liquidités en 2003. | Pierre Verdy

La justice américaine a donné raison lundi au groupe américain Liberty Media qui accusait le français Vivendi de "fraude, déclaration trompeuse et dissimulation" sur sa crise de liquidités en 2003.
Un grand jury d'un tribunal de Manhattan, à New York, a conclu que Vivendi devrait payer jusqu'à 765 millions d'euros (environ 956 millions de dollars) à Liberty Media, groupe de l'homme d'affaires John Malone, à titre de compensation.



"Vivendi conteste le verdict rendu par un jury ce 25 juin 2012 dans un procès intenté par Liberty Media Corporation et certaines de ses filiales devant le tribunal fédéral du District sud de New York", a aussiôt commenté le groupe de médias dans un communiqué.

"Le groupe entend user de toutes les voies de recours existantes pour faire annuler la décision ou réduire le montant des dommages et intérêts", ajoute-t-il.

Un avocat français travaillant avec l'équipe de défense américaine du groupe, Hervé Pisani, a expliqué à l'AFP que Vivendi allait déposer "dans les prochains jours" des motions contestant la validité juridique du verdict rendu lundi.

Si le tribunal donne raison à Vivendi, "un nouveau procès aura lieu", a indiqué M. Pisani. Dans le cas contraire un jugement est attendu à partir de la fin août, et s'il est négatif pour Vivendi, le groupe fera appel.

"Vivendi considère qu'il existe de nombreux motifs de faire appel et reste convaincu qu'il n'a commis aucun manquement", précise le communiqué.
Comme lors du procès lié à la plainte en nom collectif d'actionnaires en 2009-10, il s'agit d'un procès remontant à la spectaculaire stratégie d'expansion menée par le PDG d'alors Jean-Marie Messier, qui avait fini par être évincé en 2002 une fois le groupe arrivé au bord de la faillite.
Jean-Marie Messier avait été dédouané en janvier 2010 par un jury new-yorkais d'accusations de tromperie sur la santé financière de Vivendi, mais le groupe lui-même avait été jugé coupable. Il encourt des dommages et intérêts qui pourraient dépasser 4 milliards de dollars. Le montant de la condamnation n'a toujours pas été décidé.

"Tout le procès était basé sur le fait que le jury devait considérer que les communiqués de Vivendi étaient faux" ou trompeurs, dans la lignée de la +class action+, le procès en nom collectif intenté par des actionnaires, a expliqué Hervé Pisani.
Donc, "si nous gagnons en appel sur le premier procès en +class action+, cela va automatiquement infirmer cette décision", a ajouté le conseil de Vivendi.
Liberty Media, groupe de l'homme d'affaires John Malone, a pour sa part annoncé qu'il avait reçu un "verdict favorabe" face à Vivendi.
"Liberty a l'intention de chercher à obtenir le versement d'intérêts pré-jugement" sur la somme de 765 millions d'euros encourue par Vivendi, tout en reconnaissant que le jugement final ne serait rendu que plus tard.

Liberty Media s'était retrouvé actionnaire en 2001 en raison de sa participation dans un groupe racheté à l'époque par Vivendi, USA Networks.
Liberty Media avait porté plainte contre Vivendi en 2003, l'accusant de "fraude, déclaration trompeuse et dissimulation".
Selon le texte de la plainte, qui vise aussi les anciens dirigeants du groupe pour "enrichissement injuste", Vivendi avait convaincu fin 2001 Liberty Media de recevoir des titres du groupe plutôt que du numéraire pour racheter sa participation, parce que cela lui évitait d'avoir à sortir des liquidités qui se faisaient rares.

Vivendi avait alors fait miroiter que c'était fiscalement avantageux pour Liberty Media.
Dans le même temps, affirme Liberty Media dans sa plainte, Vivendi "gonflait artificiellement" le cours de ses actions à coup de rachats et de déclarations trompeuses.
En décembre 2001, Liberty Media avait ainsi accepté de recevoir plus de 37 millions de titres Vivendi au prix de 50 dollars, devenant le deuxième plus gros actionnaire du groupe.
Au total, a rappelé Liberty Media, l'action Vivendi - et donc son investissement - a perdu 80% de sa valeur durant l'année 2002.



Source: Le Parisien

mardi 26 juin 2012

Procès Kerviel: suivez en direct le dixième jour d'audience



La dixième journée du procès en appel de Jérôme Kerviel a commencé ce lundi 25 juin. La présidente de la Cour, qui n'a jusque là pas ménagé l'ancien trader, condamné le 5 octobre 2010 à cinq ans de prison, dont trois fermes, ainsi qu'à 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts, entend aujourd'hui les plaidoiries des parties civiles.



Jérome Kerviel est sous le coup de trois chefs d'accusation : abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé, faux et usage de faux. Son procès en appel a commencé lundi 4 juin. Suivez en direct la huitième journée d'audience couverte par notre journaliste Laura Fort, avec les clés pour comprendre le procès. Retrouvez le compte-rendu de la première journée d'audience, le compte-rendu de la deuxième journée d'audience, le compte-rendu de la troisième journée d'audience, le compte-rendu de la quatrième journée d'audience, le compte-rendu de la cinquième journée d'audience, le compte-rendu de la sixième journée d'audience, le compte-rendu de la septième journée d'audience, le compte-rendu de la huitième journée d'audience et le compte-rendu de la neuvième journée d'audience.

Lundi 25 juin
10h00. "C'est le bordel le plus total dans cette Société Générale !"

Me Frédéric Karel Canoy plaide à son tour pour sept petits actionnaires, d'une voix de stentor, en faisant les cent pas entre son micro, derrière les parties civiles et la Cour.
"Je sais, Mme la présidente, que vous n'aimez pas beaucoup la science-fiction, ni le romantisme, mais n'ignorons pas nos classiques. Dans Le Cid, de Corneille : "Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port". Nous ne sommes que sept, mais il se peut que nous arrivions à 500 000 au port, puisqu'il y a 500 000 actionnaires."
Un peu plus tard : "C'est le bordel le plus total dans cette Société Générale ! Comment a-t-on pu arriver à cette prise de position de 50 milliards ? On parle de 4,9 milliards d'euros de pertes. Il était question que la Société Générale ait un geste royal et ne réclame pas cette somme. Mais est-ce que c'est véritablement 4,9 milliards ? Rien ne permet de dire de manière objective que le débouclage a généré une perte de 4,9 milliards. J'ai des doutes sur le débouclage. M. Bouton dit qu'il est responsable de tout. Il assume. Je ne vois pas pourquoi il ne serait pas responsable civilement."
Me Canoy se lance maintenant dans la démonstration de la recevabilité de sa demande. Puis pose la question de l'évaluation du préjudice moral, puis de l'indemnisation au pénal et au civil.
Me Canoy demande à la Cour d'accorder 90 euros par action au titre du préjudice matériel et 10 euros par action au titre du préjudice moral.

Les plaidoiries reprendront à 14h.

9h30. "J. Kerviel est le fils spirituel de Daniel Bouton, son fils maudit"
C'est au tour de Me Daniel Richard, représentant des salariés épargnants aux côtés de Me Valeanu. "Comment tout cela a-t-il pu arriver ? Il y a deux thèses en présence : la Société Générale savait tout pour la défense, la banque ne savait rien pour la Société Générale, et entre les deux je vous propose celle du bon sens : la banque aurait dû savoir.
Je parle couramment le Bouton, le Kerviel, et même le Mustier et le Houbé. Quand Daniel Bouton [PDG de Société Générale à l'époque des faits] parle de l'affaire J. Kerviel il dit l'épouvantable accident. Effectivement, une conjonction d'éléments ont conduit à quelque chose qui n'aurait pu être qu'un incident si les systèmes de contrôle avaient bien fonctionné. Dans cette affaire c'est un peu le poids des mots, le choc des zéros.
Je crois que Daniel Bouton, maintenant qu'il est à la retraite, a complètement oublié ce qu'est une salle de trading. Quand vous mettez des ordinateurs, sortes de game boy, entre les mains de jeunes traders, c'est assez pousse-au-crime. Quand vous leur tenez le discours "Enrichissez-vous", vous avez un jour un plomb qui saute. Ca a été J. Kerviel, ça aurait pu être un autre. Aujourd'hui, J. Kerviel est le fils spirituel de Daniel Bouton, son fils maudit. Philippe Houbé [témoin de la défense] a déclaré que J. Kerviel tournait comme un avion. Nous avons eu beaucoup de chance que Daniel Bouton n'ait été que banquier. Imaginons qu'il ait été contrôleur aérien, aiguilleur du ciel... "
Un peu plus tard, Me Richard insiste sur l'issue du jugement : "Nous souhaitons que ce jugement soit revu, nous ne souhaitons pas du tout que J. Kerviel retourne en prison. Nous souhaitons qu'il travaille et qu'il nous envoie de temps en temps quelques milliers d'euros. Nous nous demandons si la meilleure peine ne serait pas un sursis avec mise à l'épreuve et obligation de travailler dans la banque de détail. Tourner la page Kerviel, ce sera avec un jugement mesuré qui rappellera les responsabilités de chacun."
Il conclut en disant : "La Société Générale est une vieille dame, mais elle soulève encore beaucoup de passion".

9h10. De l'équilibre entre l'art de tomber et l'ivresse de rester debout

Ce matin, alors que débutent les plaidoiries, le public est clairsemé, et la plupart des journalistes ont déserté.
Me Richard Valeanu, avocat représentant cinq salariés et anciens salariés épargnants de Société générale, ouvre les plaidoiries. Il introduit ses propos en remerciant la Cour de sa patience et de son humour.
"Il y a de la souffrance et de l'indignation. Et ces salariés viennent demander réparation de cette souffrance et de leurs préjudices".
Il demande une élévation des indemnités de 2500 euros par salarié convenues en première instance au titre du préjudice moral, mais également la recevabilité du préjudice matériel, qui avait, lui, été écarté en 2010.

Il poursuit : "Quels que soient les éléments nouveaux, à notre sens, la culpabilité de Jérôme Kerviel reste établie, comme en première instance ".
Quelques minutes plus tard : "Un trader est quelqu'un qui gère ses risques. Mais J. Kerviel a pris tous les risques, et ne les a pas gérés. Le métier de banquier est de contrôler les risques. Le moins que le puisse dire, c'est que le contrôle de la Société Générale a été défaillant.
Alors à qui avons-nous à faire ? J Kerviel a des traits communs avec A. Ivanovic, "Le joueur" de Dostoïevski. C'est très intéressant la psychologie du joueur. C'est un équilibre entre l'art de tomber et l'ivresse de rester debout. On reproche à J. Kerviel d'avoir voulu faire sauter la banque, mais comme dans tous les casinos, la banque gagne toujours.
Revenons à la réalité : J. Kerviel doit payer ses dettes. Alors que J. Kerviel n'avait pas eu un mot d'excuses en 2010, il a dit la semaine dernière que ses excuses allaient vers les salariés.
Je voudrais que l'on réalise ce que c'est que ce gâchis. » Là, Me Valeanu se lance dans différents exemples de ce que représentent 5 milliards d'euros.
Concernant le préjudice matériel, Me Valeanu décortique d'abord comment est bâti le salaire des employés de Société Générale, dont fait partie l'épargne salariale.
"De combien le marché s'est-il effondré en 2008 : de 43% pour le CAC40. L'événement spécifique en 2008 est celui dont nous parlons. Il y a eu une crise de confiance sur les marchés. Une perte à la Bourse c'est comme un marathon. Quand vous perdez un kilomètre, vous ne le rattrapez jamais. Les deux tiers de l'épargne de ma cliente, Mme Vuillemin ont disparu."



Source: Laura Fort

Frédérik-karel Canoy, avocat, était l'invité de RTL Soir



Découvrez l'intérêt de " la class action" à la Française.




vendredi 22 juin 2012

"M. Kerviel a transformé la Société générale en banque casino"

Appelé à témoigner au procès en appel de l'ancien trader, l'ex-patron de la SocGen Daniel Bouton a balayé la théorie du complot.



Jérôme Kerviel et Daniel Bouton, l'ex-trader et l'ex-P-DG de la Société générale, étaient face à face au tribunal le 21 juin. © Martin Bureau / AFP

Il est attendu. Très attendu. Daniel Bouton, l'ancien P-DG de la Société générale, fait son entrée à 17 heures dans la salle d'audience où est jugé son ancien employé. La démarche sûre, habillé d'un costume gris rayé, boutonné de la Légion d'honneur, l'homme s'avance vers la barre. Il est à deux pas de Jérôme Kerviel. Mais les deux hommes n'échangent aucun regard. À la main, l'ancien patron tient une sacoche. À l'intérieur, des documents sur "l'affaire" et deux livres sur la crise des subprimes. L'homme a préparé son intervention.

À l'aise, celui qui a été poussé à la démission en 2009 après avoir dirigé la Société générale durant onze ans reste encore aujourd'hui le meilleur défenseur de la banque. Devenu consultant indépendant dans le domaine financier, l'ancien P-DG raconte son "19 janvier", le jour "où le ciel lui tombe sur la tête". Dans son bureau du 35e étage de la tour de la SG à La Défense, Daniel Bouton prépare une réunion importante liée à la crise financière. Il a convoqué un conseil d'administration. Un état des comptes est demandé et ses équipes sont sur les rangs. "On m'informe alors qu'il y a un problème", raconte, les bras croisés, Daniel Bouton. "Il est possible qu'il y ait un faux dans les comptes", lui dit-on.

"Jérôme Kerviel est un dissimulateur épouvantable"

"Comprenez bien, Mme la Présidente, que notre métier repose sur la confiance. Il n'y a pas pire que la situation où un établissement fait face à une écriture fallacieuse. Le monde s'écroule, un peu." Et de poursuivre, la voix claire mais teintée d'émotion : "J'apprends que Jérôme Kerviel a construit une position longue de 50 milliards d'euros. La vie de dizaines de personnes, dont la mienne en particulier, mais ça, ce n'est pas grave, va basculer." "On sait alors que Jérôme Kerviel est un dissimulateur épouvantable."

"Comment expliquez-vous ce qui a pu se passer ?" l'interroge, impatiente, la présidente Mireille Filippini en relisant méthodiquement les conclusions - accablantes - de la commission bancaire qui a pointé de nombreux dysfonctionnements dans le système de contrôle interne de la Société générale.

"À la tête de la Société générale, j'ai approuvé le principe de construction de petites équipes de traders qui devaient prendre de petites positions. Cela permettait de dérisquer sensiblement le risque opérationnel. Mais tout ça ne protège pas contre ce risque-là", argue-t-il en se tournant vers Jérôme Kerviel. "Quand l'homme avec qui vous travaillez, en qui vous avez confiance, qui répond à vos questions, mais qui en réalité vous enfume complètement (sourire de Kerviel), il faut alors avoir une autre organisation pour s'en apercevoir, et nous ne l'avions pas. Il nous manquait deux choses : une centralisation par nom du trader, si on l'avait eue, on aurait vu le nombre anormal d'annulations passées. Il nous manquait probablement aussi une cellule anti-fraude."

"Terroriste"

S'avance alors l'un des trois avocats de la banque, Me François Martineau : "Un témoin affirmait ce matin qu'il valait mieux que la Société générale avoue ses pertes de rogue trader (trader fou, NDLR) que ses pertes liées aux subprimes..."

"Ça, c'est n'importe quoi. Les bras m'en sont tombés quand j'ai lu la théorie du complot", explique en joignant le geste à la parole Daniel Bouton. "C'est du même niveau que lorsqu'on nous dit pour le 11 Septembre que les images de l'avion qui rentre dans les tours sont fausses. S'il y avait complot, il faudrait admettre que c'est moi qui recevais, la nuit, M. Kerviel en vêtement invisible pour lui donner les consignes", assène Bouton.

"Comment expliquez-vous cette défense ?" lui demande Me Reinhardt, l'un des avocats de la banque.

"Il s'est enfermé dans un système où il ne peut pas se dire la vérité à lui-même, tel un Shadok qui s'enfonce dans sa conviction d'accroître son bonus." "C'est bon, c'est bon", murmure dans son coin l'ancien trader, excédé par les propos qu'il vient d'entendre.

"La vérité ne peut venir, le moment venu, que de la bouche de Jérôme Kerviel", ajoute Daniel Bouton.

"Regrettez-vous aujourd'hui le terme de terroriste dont vous aviez qualifié Jérôme Kerviel en première instance ?" lui demande Me Frédéric Karel Canoy, qui représente les petits actionnaires.

"Le montant de 50 milliards est un montant létal et échappe à la raison. (...) Nous pensions à l'époque qu'il y avait peut-être d'autres Kerviel dans d'autres banques et qu'il s'agissait d'un acte terroriste. J'aurais peut-être pu m'abstenir. Ce type de position n'était le fait que d'un voleur", admet l'ancien P-DG. "M. Kerviel a transformé la Société générale en banque casino, ajoute-t-il. Notre métier n'est pas de prendre des positions directionnelles. Le métier dans une salle de marché, ce sont des gens qui arrivent à gagner des sommes petit à petit", explique l'ancien patron, impatient d'en découdre avec Me David Koubbi, l'avocat de Jérôme Kerviel, qui attend son tour...

Incroyable

Muni d'une canne, pour cause de mal de dos, celui-ci attaque bille en tête. "Avant la mise en route de la communication de la Société générale, toute la place disait qu'un seul opérateur aurait floué la banque. Personne n'y croyait. A-t-il été nécessaire d'envoyer un autre signal pour retourner l'opinion publique et journalistique ? Comment avez-vous fait pour renverser la vapeur ?"

Piqué au vif, Daniel Bouton répond non sans ironie : "Je ne suis pas fort en procédure pénale, mais je voudrais qu'il soit noté qu'un grand avocat parisien vient de reconnaître que ce qu'a fait son client est totalement incroyable pour toute la place. Je vous félicite de votre franchise." Les rangs de la SocGen jubilent. La salle rit. Daniel Bouton, sacrifié dans cette affaire, reste décidément le meilleur avocat de la Société générale.



Source: Le point, JAMILA ARIDJ